des résines qui flambent et se consument dans les cheminées.
La nuit étend encore son grand satin noir sur les cieux.
J'aime cette odeur pénétrante, un mélange de nostalgie, de joie, d'enfance peut-être aussi.
J'aime cette odeur quand je pars le matin et que tout est encore silencieux.
Plus pour longtemps. Juste quand les fenêtres commencent à s'illuminer,
quand on sent l'odeur du sommeil encore déborder par les volets entre-ouverts.
Quand les yeux sont encore clos mais l'esprit déjà éveillé,
quand on enfouit son nez dans la chaleur des draps et que l'on apprécie avant de
poser ses pieds nus sur les tomettes glacées par le froid nocturne.
J'aime cette odeur de rêves encore fraîchement abandonnés aux fantasmes de la nuit passée,
une sensation chaudement fruitée sur nos peaux, purement exotique.
Les seuls témoins des voyages accomplis pendant la nuit.
J'aime ce bouquet de parfums que m'offrent à chaque aurore les nuits de fin d'automne.
Et lorsqu'on sort de la tiédeur casanière pour embrasser fougueusement le froid saisissant du début de l'hiver, l'être se transit et redécouvre la multitude de sensations qui sommeillaient au fond de lui depuis la fin de l'hiver précédent. La peau se crispe sous les assauts du vent, les mains fourmillent et les lèvres laissent échapper des nuages de buée, comme si l'âme s'échappait un peu de lui a chaque expiration.
Mais ce que je préfère dans tout ça, c'est la plénitude qui m'envahit à chaque escapade matinale.
Un monde de silence qui s'ouvre et se brise sous mes pas. Un vrai luxe.
Comme dirait Baudelaire : "Luxe, calme et volupté."
Cette odeur de feu de cheminée me transporte, tous les sens semblent connectés et tout ça par un unique souvenir : celui des hivers sous la neige Là-Bas, dans mon Grand Nord. Là où il y a ce magicien qui a fait palpiter mon enfance. Là où il a donné du sens à ma réalité. Cette Sibérie au nom pourtant si ridicule, le trappeur me manque, les lacs gelés, "les embauches" de givre blanc, les courses de luges et le bonnet bleu marine, SON bonnet bleu marine.... L'odeur de ses mains tannées par le temps et par le froid.
Sa chevelure immaculée, à la couleur du climat : d'une rare blancheur.
Ses yeux qui riaient tout le temps, ses petites pupilles vives et ses rides.
Les plus belles que j'ai jamais vu. Le temps a sculpté sur le cuir de sa peau des vallées de joie, et des torrents de bonheur. L'epiderme raviné par le vol des années et embelli de ses joues creusées par l'âge, j'y deposai des baisers enfantins. Ma main minuscule dans la sienne sur les sentiers neigeux, mais la fiereté qu'on lisait dans nos yeux, la plus savoureuse
Tout ça c'est lui et rien que Lui. Je ne t'ai pas eu au telephone et deja mon monde marche à reculons.
Tous ces matins ce sont les siens, le firmament me nimbe à chaque fois de sa bienfaisante obscurité jusqu'à me faire totalement disparaitre dans les dernieres minutes de la Nuit.
Ces moments de solitude, en apparence seulement, ressourcent. Tu me donnes ta force et je te donne de ma jeunesse, parce que la fontaine de Jouvence sera éternelle dans tout ton être, tout n'est qu'interaction et réciprocité. Bien pire que le théorème de Pythagore: notre hypothénuse est parfaite, l'équilatéralité évidente.
Pas de mathématiques dans tout ça. Juste ton instinct, juste le mien. La félinité de nos regards.
Cet hiver est une fois de plus rien qu'à nous deux.
Une fois de plus tu me rends ma sensibilité....
Pixx : Aurelia by night...
